mercredi 24 avril 2013

LES ARTS DU FEU AU MAGHREB 4 (fin)

LA CÉRAMIQUE MAROCAINE 

LA FAÏENCE DE FÈS

Il existe deux types de productions de céramique au Maroc, correspondant à deux modes de vie différents :

  • une poterie populaire produite par les femmes dans les régions rurales,
  • une faïence plus fine, élaborée par les artisans dans certaines villes marocaines.
La poterie est l'oeuvre de femmes sédentaires, surtout dans les massifs montagneux du nord marocain (Rif, Zerhoun). Cette poterie est façonnée à la main et comporte des décors exclusivement géométriques. Mais c'est à Fès que les artisans ont exercé leur talent par la production d'une faïence fine. 
L'origine des ateliers de fabrication remonte probablement au Xe ou XIe siècle. 

Voyons maintenant 3 types de pièces assez caractéristiques de la faïence de Fès : 

1) Mokhfia :

La mokhfia est un plat conique qui sert à la présentation du couscous. Jusqu'à la moitié du XVIIIe siècle, leur décor s'effectuait suivant un thème d'inspiration religieuse sur fond floral. Les couleurs utilisées à cette époque étaient le bleu-gris doux, le violet pâle ainsi que le jaune. Le décor floral présente des motifs de fleurs et de feuilles stylisées répétées plusieurs fois. un mouvement de rotation est rendu sur ces plats à travers des spirales tournoyantes. Ces types de mokhfia n'ont de traits communs ni avec les créations d'Iznik ni avec la Perse antique. Dans les plus anciennes pièces, un motif de plumes accompagne généralement le décor floral. 



Durant la première moitié du XVIIIe siècle, une production particulière de mokhfia se distingue de la précédente par son décor, toujours floral, plus touffu, avec une composition beaucoup plus complexe. Le traitement des groupes d'oeillets est plus réaliste et offre généralement un camaïeu de deux bleus et de deux jaunes. Ces pièces présentent des similitudes très nettes avec les pièces tunisiennes de même époque et cela est probablement dû au fait que la tradition artistique enregistrée en cette fin de XVIIe et début XVIIIe avait une même origine, à savoir l'Andalousie. À la fin du XVIIIe siècle apparaissent de nouveaux éléments dans l'ornementation florale. La répartition de l'espace est plus compartimentée et les décors sont généralement enfermés dans des Mihrab stylisés. 



Un troisième type de fabrication donnera naissance au décor géométrique, dominé cette fois par une palette de couleurs radicalement différente de la précédente. Le sceau de Salomon à huit branches devient une constante dans le décor des Mokhfia, des colonnes en vert rehaussent la pièce avec un motif floral. 



À la deuxième moitié du XIXe siècle les Mokhfia sont abandonnés au profit d'autres plats. 

2) Ghorraf :

Le Ghorraf est un pichet dont la fonction principale est de contenir des liquides comme l'eau, le lait, l'huile et certains fromages. Ces pièces ont connu la même évolution décorative que les mokhfia : le décor floral a fait place au décor floral-géométrique, puis à un décor à dominante géométrique. 



Les plus anciens ghorraf présentent une forme très équilibrée et le décor ne couvre jamais la totalité de la pièce. En revanche, le décor en frise s'intègre dans une répartition de l'espace en 4 compartiments (diour) pour les petits pichets, et 6 pour les grands, soit comme les mokhfia
Les plus anciennes pièces (XVIIIe-XIXe) présentent des décors variés : l'anse est soit rayée longitudinalement en brun, soit rayée en jaune et vert. Plus tard, les anses seront monochromes verts. 



Les motifs appelés "arbre de vie" ou sboula se retrouvent dans les plus anciens pichets, ils disparaîtront vers 1820. Pour compenser leur manque de puissance, les pièces de cette époque présentent des couleurs éclatantes.     

3) Jobbana :

La jobbana est un récipient beurrier appelé aussi pot à graisse qui apparaît au Maroc au XVIIIe siècle, et qui s'inspire des pots à gingembre chinois. 



Les faïenciers de Fès ont très vite donné à la jobbana un cachet typiquement marocain. La pièce est composée de deux parties : le corps du récipient est un bol généralement sans piédouche, sur lequel se pose un couvercle avec un bouton de préhension dont la forme varie. 


Il existe aussi des jobbana dont le bol comporte un haut piédouche et le couvercle en forme de coupole appelé qouba. Ces types de jobbana sont d'une grande qualité d'exécution. 

Dès leur apparition, les jobbana présentaient un riche décor faisant appel à l'imagination des maîtres décorateurs. Les plus anciennes ont un décor floral très stylisé généralement réparti sur 4 compartiments (diour), parfois 2, offrant ainsi deux dessins opposés traités différemment. 



Beaucoup plus tardivement, apparaît e décor géométrique; le style rompt très nettement avec le précédent. Ce changement s'opère lorsque la jobbana perd de son importance, d'où une qualité d'exécution plus sommaire.



Entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe, la production de jobbana a atteint un essor incontestable (environ 80 ans) qui correspond à l'âge d'or de l'art culinaire marocain. Les décors se diversifient : décor de Mihrab (niche), de grappes, de noqta (points), de cartouches de forme cintrée où se déploient des fleurs. Il existe aussi un décor bleu et blanc, beaucoup plus rare et qui rappelle les fameux bleu et blanc Ming



Aujourd'hui, les jobbana n'ont plus la même vitalité et ne dégagent pas la même symbolique que les plus anciennes.      





mardi 23 avril 2013

LES ARTS DU FEU AU MAGHREB 3


CÉRAMIQUE ALGÉRIENNE

Les carreaux de faïence peints

On dénombre une grande quantité de carreaux de céramiques peints en Algérie provenant de Delft . En effet, les carreaux de Delft se trouvent en grand nombre à Alger, marché pénétré par la puissante Compagnie des Indes, au XVIIe siècle, grâce à son agressivité commerciale et maritime. Ces carreaux sont généralement de petites dimensions, 12,5 cm environ, de facture friable et souvent en camaïeu bleu ou violet manganèse, rarement polychrome.



Aussi, il existe d’autres types de carreaux de céramiques visibles dans les maisons mauresques d’Alger, aux couleurs plus éclatantes et d’une exécution beaucoup plus fine. Ces dernières proviendraient probablement d’Europe mais aucun spécialiste n’a pu le certifier et, à ce jour, les recherches n’ont pas encore été épuisées.



Pourtant, un rapprochement avec la faïence tunisienne pourrait être suggéré. La faïence Napolitaine par exemple était très prisée à Tunis et c’est ce qui explique pourquoi au XIXe siècle, un ministre du Bey décida d’en fabriquer sur place. Cet engouement pour la faïence européenne de la part de la bourgeoisie tunisoise a sans doute entraîné  à son tour, un phénomène de mode à travers tout le nord du Maghreb. 


LES ARTS DU FEU AU MAGHREB 2


LA CÉRAMIQUE TUNISIENNE

I - Les carreaux de revêtement

a) Origine :

Les carreaux de revêtement se trouvent généralement dans les palais et demeures bourgeoises, et font partie intégrante du décor architectural des maisons.
L’utilisation de mosaïque (zellige) en Tunisie  remonte à la période Hafside, soit à partir du XIVe siècle. Au XVe siècle, l’immigration andalouse en Tunisie a permis l’éclosion du style andalou introduit par Sidi Qacem El Jelizi, fondateur du zellige à décor animé. En revanche, la céramique anatolienne n’a été introduite qu’au XVIIe siècle.
Au XVIIe siècle, la plupart des demeures et palais tunisiens recevaient un revêtement de carreau de faïence. D’ailleurs, Tunis détenait jusqu’au XIXe siècle la première place dans la fabrication de la céramique à émaux. La renommée des ateliers tunisois groupés dans le quartier des Kallaline allait au-delà des frontières du pays car de nombreuses commandes émanaient d’Algérie, d’Égypte, de Libye t même des États-Unis pour décorer les hôtels et autres demeures de luxes.
En dépit de ce prestige, tout au long du siècle dernier, la Tunisie ne put résister à la forte concurrence européenne, ce qui entraîna la fermeture des ateliers. 


b) Décors et influence :

Le répertoire décoratif andalou, turc, persan, voire européen a servi de modèles aux céramistes tunisiens et c’est dans les motifs géométriques et floraux que les artisans de Kallaline puisèrent leur inspiration. Néanmoins, dès le départ, la céramique de Tunis développe un style qui lui est propre, avec un caractère provincial qui lui assure charme et originalité. Les maîtres artisans de Tunis n’ont cependant pas toujours maîtrisé les secrets de fabrication de leurs homologues andalous et anatoliens. Ils n’obtenaient quasiment pas les demi-tons et l’impureté de l’argile ne réagissait pas aux couvertes et aux oxydes de la même manière que l’argile de Nicée.
L’essentiel de la production tunisienne utilisera la ligne courbe et le motif floral. Deux types de décors reviennent régulièrement : la mosquée et le bouquet floral, dont la spécificité est de mettre en avant la symétrie de la composition.
La stylisation du bouquet floral rappelle en beaucoup de points celle des Ottomans, avec toutefois une touche personnelle de créativité de la part de l’artisan tunisien. Quant aux mosquées, elles sont très schématisées et s’intègrent dans un paysage de cyprès qui renforce la composition verticale du décor. Mais c’est le décor du vase à fleurs, genre sans précédent dans la céramique tunisienne, qui va prédominer au point que beaucoup d’historiens de l’art le considèrent comme typiquement tunisien. 



II - La poterie de Nabeul :

C’est sans doute au XVIe siècle que l’art du feu fut remis à l’honneur à Nabeul grâce à l’entreprise de potiers djerbiens venus de Guellala, la cité des potiers. Leur installation à Nabeul s’explique en raison de la présence d’anciennes carrières d’argile mais aussi en raison de la qualité des terres. Les modèles utilisés étaient tous utilitaires : jarres, plats … et identiques à celles de Guellala à Djerba. Toutefois, on note une certaine analogie entre les poteries de Nabeul et des récipients antiques retrouvés dans les ruines.  



LES ARTS DU FEU AU MAGHREB 1


INTRODUCTION

La dénomination de « Maghreb » (Couchant ou Occident), utilisé par les anciens géographes arabes, désignait la partie septentrionale de l’Afrique située à l’Ouest de l’Égypte qu’elle distinguait du « Machrek » (Levant, Orient). Aujourd’hui le Maghreb désigne les 3 pays d’Afrique du Nord que sont le Maroc, l’Algérie et la Tunisie.


À partir du VIIIe siècle, le Maghreb joua un important rôle d’intermédiaire entre l’Occident et l’Orient, à travers l’Espagne et la Sicile. Au terme d’une profonde mutation il réussit à acquérir une personnalité propre définie par ses réalités géographiques et par les besoins des deux ethnies qui le composent, Berbère et Arabe. Ainsi s’est développé un art islamique propre reposant sur un apport essentiellement arabe mêlé au fond culturel des Berbères islamisés.
L’originalité de l’art islamique maghrébin repose sur un double apport :
  • Un apport arabe dicté par l’ensemble des règles spirituelles et morales contenues dans le Coran. Il jette les bases d’un art nouveau qui est un facteur d’uniformité,
  • Un apport régional des populations Berbères islamisées dont l’originalité sera de créer un art caractérisé par une constante diversité.

La fusion des deux apports s’effectue de manière différente, selon la perméabilité des groupes ethniques aux influences et les facultés créatrices de chaque groupe.  

vendredi 19 avril 2013

À VOS AGENDAS! Programmation automne 2013

Cet automne je vous propose deux séries de conférences aux Belles Soirées de l'Université de Montréal!
  • Les 12 et 19 septembre 2013 : une série de 2 conférences sur la peinture vénitienne, dans le cadre de l'exposition "Splendore a Venezia" organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal,
  • Les 17, 24 et 31 octobre 2013 : une série de 3 conférences sur les Arts de l'Islam en Europe où je vous parlerai des grands foyers artistiques de la partie occidentale de l'empire musulman : Andalousie, Portugal, Sicile
À bientôt!